« Il n’est jamais trop tot pour entreprendre »

#Portrait d’entrepreneur : Alexandre Prot, co-fondateur et CEO de Qonto

Alexandre Prot, serial entrepreneur, co-fondateur et CEO de Qonto, la néobanque des entreprises et des indépendants qui compte déjà plus de 10 000 clients en seulement deux ans, revient avec nous sur son expérience d’entrepreneur. Comment passer du rôle de consultant en stratégie à celui de CEO d’une entreprise de plus de 60 collaborateurs ? Alexandre nous fait partager les coulisses de cette évolution.

Bonjour Alexandre, ton histoire jusqu’à aujourd’hui, ça donne quoi ?

Je suis co-fondateur et CEO de Qonto, la néobanque des entreprises et des indépendants. C’est une société que l’on a créée il y a plus d’un an et demi avec mon associé Steve Anavi après une première expérience ensemble dans un secteur assez différent.

En 2013, nous avons créé la société Smokio dans le domaine des objets connectés, société qui a depuis été rachetée par un grand groupe faisant partie du Fortune 500. Au cours de cette expérience, nous avions remarqué que tout ce qui tournait autour de notre compte bancaire était assez compliqué. Nous  avons voulu simplifier le quotidien bancaire des entreprises. En fait, Qonto est née de notre propre frustration à propos des banques traditionnelles.

Qu’est-ce qui t’a poussé à entreprendre la première fois ?

Je ne suis pas devenu entrepreneur du jour au lendemain, ni « en tombant dans la marmite » quand j’étais petit comme certains. Je suis devenu entrepreneur graduellement. J’ai fait une école de commerce puis je suis devenu consultant en stratégie, ce qui n’est pas très « entrepreneur » comme travail. Ensuite, pendant mon MBA, j’ai réalisé que j’avais envie d’être plus opérationnel, d’être dans le concret. J’avais envie de savoir si ce que je faisais pouvait fonctionner, avoir le challenge de savoir si j’allais me tromper ou pas. Ce n’est pas vraiment ce que l’on ressent quand on est consultant. La plupart du temps, on formule un avis, des recommandations, des slides, mais on ne voit pas la suite. Si cela fonctionne, tant mieux, si cela ne fonctionne pas, c’est presque tant pis puisqu’on n’est pas soi-même aux manettes.

Tu as entrepris juste après ton passage en conseil ?

Non, j’ai eu un passage de 18 mois chez Rocket Internet. En 2011, j’ai monté la filiale française de Windu, un équivalent d’Airbnb. Pendant 18 mois et avec une trentaine de personnes, j’étais donc à moitié entrepreneur en montant tout de A à Z, mais sans fond investi de ma part.

Je voulais avoir les 2 pieds dans l’entrepreneuriat et c’est à ce moment là que j’ai retrouvé mon associé actuel qui était un ami de lycée. Il travaillait chez Groupon et voulait aussi créer son entreprise. On a passé quelques semaines à étudier beaucoup d’idées pour finalement s’inscrire à un Start-up Week-end. Il se trouve qu’on a gagné le concours en défendant un projet d’Airbnb pour les pop-up store, i.e pouvoir louer à court terme des locaux commerciaux. Rapidement, on s’est rendu compte que l’on n’avait pas envie de s’investir dedans. En creusant d’autres sujets, on a finalement créé Smokio, une cigarette électronique connectée comme outil d’aide au sevrage. Le fumeur pouvait suivre sa consommation quotidienne de nicotine et on proposait ensuite des programmes en fonction de cette consommation. Un grand groupe est venu racheter la société pour la technologie que l’on avait créée.

Une fois libérés de nos engagements avec ce grand groupe, on a voulu de nouveau recréer le duo. On s’est donc posé des questions sur les problèmes que l’on avait connus en tant qu’entrepreneur et comment on pouvait les résoudre. Les banques traditionnelles étaient vétustes, avec une réactivité faible, des tarifs élevés et non transparents. C’est ce constat qui nous a fait penser que Qonto était possible.

« La deuxième fois, on sait dans quoi on s’embarque, que ce sera compliqué, difficile et quelles sont les bonnes manières à adopter. L’inconvénient est que l’on a un peu moins de folie. »

Comment votre duo a évolué entre les deux projets ?

La deuxième fois, on sait dans quoi on s’embarque, que ce sera compliqué, difficile et quelles sont les bonnes manières pour faire fonctionner notre duo. L’inconvénient est que l’on a un peu moins de folie. Le gros avantage est la confiance que l’on a l’un envers l’autre. De même, les investisseurs savaient que nous étions des gens sérieux donc cela facilitait les choses pour chercher des fonds, créer des partenariats. On était crédibles.

La première entreprise était un succès, mais un petit succès en terme de chiffres et d’envergure. On était une dizaine alors qu’aujourd’hui chez Qonto, on est 63. Chez Smokio, on avait levé 750 000 euros alors que chez Qonto, on a levé 12 millions. Ce sont des projets différents à tous points de vue. C’est d’ailleurs pour cela qu’on s’est lancé : faire mieux, plus gros, plus marquant.

Comment vous faites pour maintenir une organisation assez agile avec un nombre de salariés qui grandit très rapidement ?

C’est un défi de tous les jours. On essaie d’organiser l’équipe avec des sous-équipes. Chaque petite équipe avance de manière agile sur des petits sujets. On assure que les petits projets avancent bien. Ce sont les petits fleuves qui font les grandes rivières. C’est aussi beaucoup de communication en laissant de l’autonomie aux équipes. On préfère faire des erreurs en avançant plutôt que de mettre des mois à évaluer.

Quel est ton plus gros échec en tant qu’entrepreneur ? 

On a des échecs tous les jours. Notre première entreprise s’est terminée par un succès. Pour Smokio, par définition c’était du hardware, avec une partie qui était créée en France et l’autre partie en Chine. Un jour on a réalisé que l’on n’avait pas le bon composant sur la puce et cela nous a couté très cher en temps et argent. C’était un gros stress de gérer un prestataire à distance. On avait des calls à 3h du matin pendant une semaine pour essayer de résoudre les problèmes.

Il y avait aussi beaucoup de sujets sur la réglementation avec Smokio. C’était une cigarette électronique avec pour but le sevrage thérapeutique donc les magasins qui vendaient des cigarettes électroniques ne voulaient pas dire qu’il fallait aider à arrêter et de l’autre côté les pharmacies aimaient beaucoup l’aspect thérapeutique, mais pas via une cigarette électronique. On a connu pas mal de revers avec des gens qui nous disaient qu’ils allaient distribuer notre produit puis le jour du lancement, on nous stoppait. Ces changements d’avis étaient compliqués à gérer. A côté de ça, on a vendu beaucoup de Smokio en Corée alors que nous n’avions jamais cherché à vendre là-bas. L’application a dû même être traduite en Coréen. C’était une succession de hauts et de bas.

« Ce qui est frappant dans l’entrepreneuriat c’est que l’on ne change pas de projet. On « bouffe » pendant des mois le même sujet. »

Pour Smokio, comment vous avez convaincu votre premier client ?

On l’avait convaincu sur un prototype. Un des premiers clients était la Fnac avec qui nous avions même prévu de distribuer le produit dans les magasins, mais au dernier moment ils nous ont dit que ce ne serait pas possible en raison de la nature du produit alors que tout avait été prévu, signé. C’était une grosse déception.

Pour Qonto, le premier client, c’était nous-même. On l’utilise toujours aujourd’hui. On a lancé une bêta et on avait déjà une bonne liste d’attente.

« On reprend les meilleurs exemples autour de nous en termes d’interface. Par exemple, Gmail est excellent donc l’interface de Qonto reprend les codes de Gmail. »
Tu as dit dans une autre interview que partir d’une page blanche vous avait permis de créer un service client type Amazon, qu’est-ce que cela signifie ?

C’est une image pour dire que l’on reprend les meilleurs exemples autour de nous en termes d’interface. Par exemple, Gmail est excellent donc l’interface de Qonto reprend les codes de Gmail.

Sur la partie support, Amazon est une des références. Nous nous imposons de répondre en moins de 15 minutes. Pour cela, nous fonctionnons surtout par écrit pour répondre très vite et très bien aux questions qui nous sont posées. C’est nouveau dans ce secteur. Nous répondons en 12 minutes quand une banque le fait en 12 jours. Notre ADN de start-up fait que nous prenons en compte les retours de nos clients. Chaque commentaire est passé en revue pour voir comment nous pouvons l’intégrer. Une fois que le commentaire a été pris en compte, nous réécrivons au client pour lui indiquer que le commentaire a bien été pris en compte et l’inciter à réagir à l’évolution.

Qu’est-ce qui t’a rendu le plus fier jusqu’à aujourd’hui?

Les commentaires des clients. Nous accompagnons des entrepreneurs depuis le début et nous mesurons à quel point l’idée de simplifier le quotidien bancaire était nécessaire pour eux. La grande satisfaction est d’avoir transformé une frustration que nous ressentions nous-même en une entreprise.

L’équipe est aussi une fierté. Nous sommes 63 et c’est incroyable de voir que l’on devient une vraie entreprise.

Quels sont les outils de productivité que tu utilises?

Trello et Slack. J’essaye néanmoins de garder des moments où je suis « focus » sur un sujet donc j’essaie de ne pas être constamment sur Slack. Si tu poses une question sur Slack, tu attends une réponse quasi immédiate. Si j’y suis constamment, cela peut réduire l’autonomie des équipes donc l’idée est que l’équipe arrive à résoudre les problèmes et en cas de grosse question, alors j’interviens.

A quoi ressemblent tes journées aujourd’hui?

Mon métier regroupe 3 domaines principaux. Le premier : marketing et communication de la boîte. Je représente l’entreprise à l’extérieur de Qonto. La deuxième est la partie juridique avec les risques, les réglementations et la troisième partie dont je m’occupe est l’acquisition et la rétention des clients avec l’amélioration de l’expérience Qonto.

« Il n’est jamais trop tôt pour lancer une boîte, surtout quand on sait que cela prend souvent plus de temps que prévu. » 

Des lectures qui t’ont marqué ?

Sapiens : une brève histoire de l’humanité de Yuval Noah Harari m’a beaucoup marqué et permis de prendre du recul. Nous vivons à 200 à l’heure, moi inclus, et c’est toujours bénéfique de remettre les choses en perspective.

Quels sont les critères que vous avez choisis pour le choix de vos investisseurs ?

Dans une levée de fonds, il y a la partie financière et… tout le reste. La partie financière est nécessaire et c’est le cœur. Si on a la chance d’avoir le choix entre plusieurs offres, c’est là que l’on peut avoir d’autres critères que la partie financière. C’est la chance que nous avions en ayant le choix entre plusieurs investisseurs. La raison pour laquelle nous avons choisi Valar et Alven est la complémentarité des investisseurs. Valar est américain et international avec une excellente compréhension de la fintech en ayant investi dans Transferwise, N26 et Xero. Nous avons la chance d’être la seule entreprise française dans laquelle ils ont investi parce qu’ils croient dans notre marché et notre équipe. Pour Alven, c’est un des meilleurs fonds français qui a un très bon savoir-faire sur la capacité à « scaler » à l’échelle européenne. C’est un super duo très complémentaire.

« La France est trop petite comme marché unique. Il est compliqué de faire une entreprise énorme en restant uniquement en France et inversement, ce n’est pas un tout petit marché donc on peut déjà y passer beaucoup de temps. »

Octave Klaba, fondateur et directeur général de l’hébergeur OVH, disait récemment qu’il était difficile en Europe de penser l’entreprise à l’international et que cela serait dû à notre culture. Tu es d’accord avec cette idée ?

Oui, je suis d’accord. La France est trop petite comme marché unique. Il est compliqué de faire une entreprise énorme en restant uniquement en France et inversement, ce n’est pas un tout petit marché donc on peut déjà y passer beaucoup de temps. Le marché national pour les entreprises américaines est énorme donc elles ne connaissent pas ce problème. En revanche, quand on prend l’exemple d’entreprise belges ou néerlandaises, leur marché est trop petit donc ils pensent et structurent l’entreprise de manière plus globale pour aller rapidement à l’étranger.

Pour Qonto, on continue avec uniquement la France jusqu’à la fin de l’année pour ensuite aller dans d’autres pays européens.

Si t’étais assis avec le toi d’il y a 10 ans, qu’est ce que tu lui dirais ?

Je lui dirais de se lancer directement dans l’entrepreneuriat. Au lieu d’aller chez McKinsey, j’aurais dû faire l’école 42 ou une école de développeur pour avoir une double compétence dev + business. Je ferais un ou 2 ans de code et ensuite je me lancerais dans l’entrepreneuriat. Il n’est jamais trop tôt pour lancer une boîte sachant que cela prend souvent plus de temps que prévu. Il faut pivoter, ça peut être un échec, etc. En terme d’agilité, de grain de folie, on est aussi plus fort quand on est plus jeune. On n’a pas de besoin de matériel, on a plus de temps. J’encourage donc les gens qui ont 25 ans aujourd’hui et qui se disent qu’ils vont passer d’abord 4 ou 5 ans dans une boîte pour se former, à se lancer directement. Prenez un sujet et lancez-vous.

« Si l’on veut passer du monde du conseil vers l’entrepreneuriat, il faut savoir arrêter de réfléchir et se jeter à l’eau. » 

Qu’est-ce qui était le plus dur pour toi dans le passage du conseil à l’entrepreneuriat ?

Ce qui est frappant dans l’entrepreneuriat c’est que l’on ne change pas de projet. On « bouffe » pendant des mois le même sujet. Il faut donc avoir une résilience, une pugnacité pour refaire les mêmes choses. C’est un peu comme un athlète qui ferait 10 heures d’entraînement tous les jours en répétant les mêmes gestes vs. quelqu’un qui fait un sport puis change pour un autre 3 semaines plus tard. C’est extrêmement satisfaisant de faire tous les sports de temps en temps, mais faire le même sport fait que l’on devient fort dans un domaine.

Dans le conseil, on réfléchit beaucoup, mais on ne fait pas beaucoup dans le sens où on ne fait pas soi-même. Si l’on veut passer du monde du conseil vers l’entrepreneuriat, il faut savoir arrêter de réfléchir et se jeter à l’eau.

Si tu devais créer quelque chose en dehors de toute logique économique, qu’est-ce que ce serait ?

C’est déjà en train d’être créé plus ou moins. J’adore les langues, j’adorerais pouvoir toutes les parler. Je rêve que l’on puisse, par robotisation ou apprentissage accéléré, apprendre une langue ultra rapidement. Evidemment, je préférerais que ce soit fait « humainement » plutôt qu’en t’implantant une puce dans l’oreille.

Tu es plutôt bonheur ou gloire ?

Je suis plutôt bonheur personnellement et professionnellement gloire. Qonto n’est pas une chose que je fais en me disant que cela va juste être une expérience sympathique qui va me permettre d’être heureux, avec un bon équilibre de vie. Je cherche une certaine idée d’impact, de succès, presque de grandeur. Le choix de la gloire donne l’impression d’être plus ambitieux et celui du bonheur plus tranquille même si ce n’est pas forcément le cas.

« L’objectif est d’avoir du succès, mais aussi d’apprendre au quotidien avec des moments en équipe. » 

Comment tu mesures l’avancée de Qonto ?

Avec trois données : le nombre de clients, la satisfaction des clients et la satisfaction de l’équipe. Le but pour l’équipe n’est pas d’être le plus nombreux possible. L’objectif est d’avoir du succès, mais aussi d’apprendre au quotidien avec des moments en équipe. Je veux que les gens soient contents de faire partie de cette aventure en faisant des choses intéressantes, avec des moyens et avec un service qui prend dans un bon marché. Nous mesurons la chance que nous avons.

Vous fêtez les victoires chez Qonto ?

Oui, tous les mois, il y a des événements d’équipe et tous les 3 mois de plus gros évènements team building. A Noël, on a fêté le 5000ème client. Nous allons bientôt changer de locaux donc nous ferons probablement une pendaison de crémaillère. Pour l’instant, nous sommes chanceux, nous avons beaucoup de nouvelles à fêter !

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